{"id":301,"date":"2013-03-29T12:28:02","date_gmt":"2013-03-29T16:28:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.corpomax.com\/blog\/?page_id=301"},"modified":"2013-11-18T21:01:51","modified_gmt":"2013-11-19T02:01:51","slug":"autopsie-d-une-injustice-bancaire","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.corpomax.com\/blog\/autopsie-d-une-injustice-bancaire\/","title":{"rendered":"Autopsie d&rsquo;une injustice bancaire"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_333\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.corpomax.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/balance-justice.png\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-333\" class=\"size-medium wp-image-333  \" title=\"Autopsie d'une injustice bancaire\" alt=\"Autopsie d'une injustice bancaire\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.corpomax.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/balance-justice-300x193.png?resize=300%2C193\" width=\"300\" height=\"193\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.corpomax.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/balance-justice.png?resize=300%2C193&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.corpomax.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/balance-justice.png?resize=600%2C386&amp;ssl=1 600w, https:\/\/i0.wp.com\/www.corpomax.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/balance-justice.png?resize=624%2C401&amp;ssl=1 624w, https:\/\/i0.wp.com\/www.corpomax.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/balance-justice.png?w=640&amp;ssl=1 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-333\" class=\"wp-caption-text\">Image: domaine public<\/p><\/div>\n<p>Je suis un avocat d&rsquo;affaires. \u00c0 l&rsquo;\u00e9coute de ses clients d&rsquo;affaires. Qui plaide des causes devant les tribunaux pour ses clients d&rsquo;affaires.<\/p>\n<p>Un avocat d&rsquo;affaires. Point \u00e0 la ligne.<\/p>\n<p>Mais un jour&#8230;<\/p>\n<h2>L&rsquo;appel t\u00e9l\u00e9phonique<\/h2>\n<p>Un jour, un client d&rsquo;affaires me t\u00e9l\u00e9phone:<\/p>\n<p><em>&#8211; Ma\u00eetre, j&rsquo;aimerais savoir si vous pouvez faire quelque chose pour l&rsquo;une de mes amies. Elle m&rsquo;a racont\u00e9 son histoire. Et je suis d&rsquo;avis que si quelqu&rsquo;un peut l&rsquo;aider, c&rsquo;est bien vous.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; De quoi s&rsquo;agit-il en bref?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; D&rsquo;une r\u00e9clamation contre une banque.<\/em><\/p>\n<p>R\u00e9flexe silencieux d&rsquo;un avocat d&rsquo;affaires habitu\u00e9 de repr\u00e9senter des clients d&rsquo;affaires:<\/p>\n<p><em>&#8211; (Cette dame est mieux de ne pas r\u00eaver en couleur.)<\/em><\/p>\n<p>R\u00e9flexe naturel d&rsquo;un avocat d&rsquo;affaires habitu\u00e9 de satisfaire des clients d&rsquo;affaires:<\/p>\n<p><em>&#8211; Fixons un rendez-vous de ce pas.<\/em><\/p>\n<p>Rendez-vous fix\u00e9 en soir\u00e9e car la dame travaille durant la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Les gens ordinaires ne peuvent pas rencontrer un avocat durant la journ\u00e9e car leur punition est double: leur salaire est coup\u00e9 et l&rsquo;avocat doit \u00eatre pay\u00e9.<\/p>\n<h2>La premi\u00e8re rencontre<\/h2>\n<p>En soir\u00e9e, le client corporatif me pr\u00e9sente donc son amie. Elle se pr\u00e9nomme Diane. Premi\u00e8re impression: quelqu&rsquo;un de bien. Un regard honn\u00eate. Une attitude franche. Bien habill\u00e9e, sobrement, avec go\u00fbt. Une humilit\u00e9 et une retenue propres aux gens ordinaires.<\/p>\n<p>Maintenant son histoire.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Il \u00e9tait une fois&#8230; Diane et son conjoint Albert, mari\u00e9s depuis vingt-cinq ans. Ils vivent heureux dans leur maison de r\u00eave situ\u00e9e sur le bord d&rsquo;un lac. Dans une petite municipalit\u00e9. O\u00f9 chacun conna\u00eet l&rsquo;autre. O\u00f9 chacun veut tout conna\u00eetre de l&rsquo;autre. O\u00f9 il est impossible de se cacher. Ou de garder un secret. Dans une petite municipalit\u00e9 de gens ordinaires.<\/p>\n<p>Diane est secr\u00e9taire. Albert est repr\u00e9sentant. Les deux travaillent. Pas le choix. Il faut bien payer l&rsquo;hypoth\u00e8que. Car leur maison est hypoth\u00e9qu\u00e9e. <em>Le lot des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Depuis vingt ans, Diane et Albert font affaires avec la m\u00eame banque. Avec la m\u00eame succursale de la m\u00eame banque. Situ\u00e9e toujours \u00e0 la m\u00eame adresse civique. Dans la m\u00eame petite municipalit\u00e9 o\u00f9 chacun conna\u00eet l&rsquo;autre. <em>La loyaut\u00e9 des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>Depuis vingt ans, Diane et Albert font des emprunts d&rsquo;argent \u00e0 la banque. Pour acheter une maison. Puis une seconde maison. <em>Les besoins financiers des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>Depuis vingt ans, Diane et Albert remboursent rubis sur l&rsquo;ongle les pr\u00eats consentis \u00e0 eux par la banque. Jamais de retard. Des clients parfaits. <em>La parole des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>Depuis vingt ans, Diane et Albert font enti\u00e8rement confiance \u00e0 la banque. Aux sp\u00e9cialistes qui y travaillent. Qui \u00e9coutent. Qui conseillent. Qui ont \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats des clients de la banque. Du moins qui donnent l&rsquo;impression d&rsquo;\u00e9couter, de conseiller et d&rsquo;avoir \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats des clients de la banque. <em>La confiance des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Diane et Albert ont un fils. Ils aiment beaucoup leur fils. Ce fils veut se lancer en affaires. Il a besoin d&rsquo;argent. Il est jeune. Il n&rsquo;a rien. Rien de tangible du moins. Juste sa jeunesse, son ambition, ses r\u00eaves, sa fougue, sa bonne volont\u00e9, sa t\u00e9nacit\u00e9, son courage et son enthousiasme. Autrement dit rien de bien tangible pour une banque. Qui puisse l&rsquo;inciter \u00e0 d\u00e9lier les cordons de sa bourse et \u00e0 lui pr\u00eater un montant d&rsquo;argent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est bien connu. Pour pouvoir emprunter de l&rsquo;argent \u00e0 une banque, il faut \u00eatre quelqu&rsquo;un. Au niveau \u00e9conomique. Pas n\u00e9cessairement au niveau humain. <em>La r\u00e9alit\u00e9 des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>Une petite dame de la petite municipalit\u00e9 est dispos\u00e9e \u00e0 pr\u00eater le montant d&rsquo;argent n\u00e9cessaire au fils. Une garantie est cependant exig\u00e9e: la signature de ses parents Diane et Albert \u00e0 titre de cautions.<\/p>\n<p>Diane et Albert ont un fils. Ils aiment beaucoup leur fils. Ils s&rsquo;engagent donc \u00e0 titre de cautions. Comme le font les gens ordinaires pour leurs enfants.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>L&rsquo;aventure du fils en affaires tourne mal. R\u00eaves bris\u00e9s, \u00e9conomies envol\u00e9es. Le fils ne peut rembourser le pr\u00eat consenti par la petite dame de la petite municipalit\u00e9. Diane et Albert sont cautions. Ils doivent payer. Dans la petite municipalit\u00e9, chacun conna\u00eet l&rsquo;autre. On ne peut pas se d\u00e9filer de ses obligations. On ne veut pas se d\u00e9filer de ses obligations. C&rsquo;est impensable. On remplit ses obligations. C&rsquo;est tout.<\/p>\n<p>Mais Diane et Albert n&rsquo;ont pas l&rsquo;argent pour rembourser la somme due \u00e0 la petite dame de la petite municipalit\u00e9. Ils se tournent donc vers la banque. Celle en laquelle ils ont confiance. Depuis vingt ans. Celle dont les sp\u00e9cialistes \u00e9coutent, conseillent et ont \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats des clients de la banque. De Diane et d&rsquo;Albert. Des gens ordinaires.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Un rendez-vous est fix\u00e9. Avec un sp\u00e9cialiste de la banque. Un d\u00e9nomm\u00e9 Leblanc.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que Diane et Albert rencontrent Leblanc. Il travaille pour la banque depuis trente ans. Il est directeur des pr\u00eats commerciaux. Il aide actuellement le d\u00e9partement des pr\u00eats non-commerciaux, d\u00e9bord\u00e9 de demandes d&#8217;emprunt formul\u00e9es par des gens ordinaires.<\/p>\n<p>Leblanc re\u00e7oit Diane et Albert. Pendant vingt minutes. Seulement. Dans le pass\u00e9, une sp\u00e9cialiste de la banque recevait Diane et Albert pendant au moins une heure. Sinon deux. Pour \u00e9couter. Pour conseiller. Pour avoir \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats de Diane et Albert, clients de la banque. Depuis si longtemps.<\/p>\n<p>Vingt minutes seulement. Questions pos\u00e9es par Leblanc: but de l&#8217;emprunt, coordonn\u00e9es de r\u00e9sidence et d&#8217;emploi. C&rsquo;est tout. Pas de conseil. Sauf un: consolider l&#8217;emprunt hypoth\u00e9caire de la maison avec ce nouvel emprunt, pour n&rsquo;en former qu&rsquo;un seul, un nouveau.<\/p>\n<p>Un conseil? Non, une d\u00e9cision. De Leblanc. Que disent Diane et Albert? Que peuvent-ils dire? Rien. Ils ne connaissent pas cela. Le sp\u00e9cialiste est en avant d&rsquo;eux. Celui qui les \u00e9coute. Qui doit les \u00e9couter. Celui qui les conseille. Qui doit les conseiller. Diane et Albert ont confiance en la banque. En ses sp\u00e9cialistes. Depuis vingt ans. Ils continuent d&rsquo;avoir confiance. Comme les gens ordinaires qui font confiance aux sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p>Diane et Albert sont invit\u00e9s \u00e0 partir. Sur le pas de la porte, Leblanc lance d&rsquo;un air press\u00e9:<\/p>\n<p><em>&#8211; Ah oui, voulez-vous de l&rsquo;assurance-vie pour garantir le remboursement de votre emprunt?<\/em><\/p>\n<p>Quelle question! Bien s\u00fbr que Diane et Albert veulent de l&rsquo;assurance-vie. Comme ils en ont toujours voulu pour tous leurs emprunts ant\u00e9rieurs. Toujours \u00e0 la m\u00eame banque.<\/p>\n<p>L&rsquo;avantage de l&rsquo;assurance-vie est \u00e9norme. Si l&rsquo;un des conjoints d\u00e9c\u00e8de, l&#8217;emprunt est automatiquement rembours\u00e9. Le conjoint survivant peut dormir en paix. Seul, en pleurs mais en paix. Financi\u00e8re du moins.<\/p>\n<p>Leblanc ne pose aucune autre question. Diane et Albert s&rsquo;en vont. \u00c9tonn\u00e9s de la bri\u00e8vet\u00e9 de leur rencontre avec Leblanc. Mais tout de m\u00eame confiants dans le professionnalisme de la banque. Dans le professionnalisme de ses sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>La demande d&#8217;emprunt de Diane et Albert est accept\u00e9e par la banque. L&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame. Des clients parfaits. Sans probl\u00e8mes. Qui paient. Une simple formalit\u00e9.<\/p>\n<p>Avant le d\u00e9bours\u00e9 du pr\u00eat, Leblanc t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Albert. Il lui demande de venir le rencontrer avec Diane pour signer les papiers d&rsquo;assurance. Il fixe un rendez-vous pour le lendemain \u00e0 midi. \u00c0 midi car c&rsquo;est uniquement durant l&rsquo;heure du d\u00e9jeuner que les gens ordinaires peuvent s&rsquo;occuper de leurs affaires personnelles.<\/p>\n<p>Le lendemain, \u00e0 midi, Diane et Albert se rejoignent \u00e0 la porte de la banque et entrent ensemble. Un comptoir d&rsquo;accueil. Une pr\u00e9pos\u00e9e que Diane et Albert voient pour la premi\u00e8re fois:<\/p>\n<p><em>&#8211; Oui?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Nous avons rendez-vous avec monsieur Leblanc.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; C&rsquo;est \u00e0 quel sujet?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Pour signer des papiers d&rsquo;assurance pour notre nouvel emprunt.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Quel est votre nom?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Diane &#8230; et Albert ..<\/em>.<\/p>\n<p>La pr\u00e9pos\u00e9e se retourne, prend une enveloppe, en extrait le contenu et le tend \u00e0 Albert:<\/p>\n<p><em>&#8211; Signez ici.<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est tout. Rien d&rsquo;autre. Pas de questions. Pas de conseils. Non. Un ordre. Tout simplement.<\/p>\n<p>Diane et Albert sont l\u00e0, debout devant le comptoir d&rsquo;accueil. Avec des gens debout derri\u00e8re eux. Qui attendent eux aussi d&rsquo;\u00eatre accueillis. De la m\u00eame fa\u00e7on. Qui mettent subtilement de la pression sur Diane et Albert. Afin qu&rsquo;ils c\u00e8dent leur place devant le comptoir. La pression des gens ordinaires sur les gens ordinaires. Dans une petite municipalit\u00e9 o\u00f9 chacun conna\u00eet l&rsquo;autre. O\u00f9 chacun veut tout conna\u00eetre de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tout. Rien d&rsquo;autre. Pas d&rsquo;invitation \u00e0 lire le document d&rsquo;assurance. Pas d&rsquo;invitation \u00e0 s&rsquo;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00e0 une table, dans une petite pi\u00e8ce, dans un bureau inoccup\u00e9. Non, rien.<\/p>\n<p>Pourtant un rendez-vous avait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 avec monsieur Leblanc. O\u00f9 est-il donc? La pr\u00e9pos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;accueil le confirme: il est parti d\u00e9jeuner. D\u00e9jeuner? Diane et Albert doivent empi\u00e9ter sur leur heure de d\u00e9jeuner pour venir \u00e0 un rendez-vous. Leblanc, celui qui a fix\u00e9 ce rendez-vous, n&rsquo;est pas l\u00e0 car il est parti d\u00e9jeuner&#8230; Le sp\u00e9cialiste qui \u00e9coute, qui conseille, qui a \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats de Diane et Albert, est parti d\u00e9jeuner&#8230;<\/p>\n<p>La pression des gens ordinaires de la file d&rsquo;attente qui s&rsquo;est form\u00e9e derri\u00e8re Diane et Albert a raison de ces derniers. Ils signent le papier d&rsquo;assurance sans avoir le temps, le go\u00fbt, les circonstances appropri\u00e9es et l&rsquo;environnement ad\u00e9quat pour le lire. Ils s&rsquo;en vont. Prendre une bouch\u00e9e \u00e0 la sauvette, pendant les quelques minutes qu&rsquo;il leur reste avant de retourner travailler. Comme les gens ordinaires qui s&rsquo;occupent de leurs affaires personnelles pendant l&rsquo;heure du d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, le pr\u00eat est d\u00e9bours\u00e9 par la banque. Son produit rembourse la somme due \u00e0 la petite dame de la petite municipalit\u00e9 ainsi que l&#8217;emprunt hypoth\u00e9caire ant\u00e9rieur de Diane et Albert.<\/p>\n<p>Les nouveaux paiements hypoth\u00e9caires s&rsquo;effectuent automatiquement, comme dans le pass\u00e9, au moyen de retraits pr\u00e9autoris\u00e9s du compte\u00a0bancaire de Diane. Albert contribue au versement r\u00e9gulier de sommes d&rsquo;argent dans ce compte bancaire, afin de s&rsquo;assurer que la banque soit rembours\u00e9e de son pr\u00eat. Toujours. Sans d\u00e9faut. Sans probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;ici, tout va bien. Diane et Albert ont rempli leur obligation \u00e0 titre de cautions en remboursant int\u00e9gralement la petite dame de la petite municipalit\u00e9. Diane et Albert ont rempli leur obligation \u00e0 titre de parents en sortant leur fils d&rsquo;un mauvais pas financier. Ils n&rsquo;exigeront sans doute jamais de leur fils qu&rsquo;il leur rembourse l&rsquo;argent vers\u00e9 \u00e0 la petite dame de la petite municipalit\u00e9. Ils aiment leur fils. Comme les gens ordinaires aiment leurs enfants.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Six mois plus tard, Albert meurt. Du cancer. Subitement. D&rsquo;\u00e9pouse combl\u00e9e, Diane se transforme en veuve \u00e9plor\u00e9e. C&rsquo;est dur quand une vie d&rsquo;adulte a toujours \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue en duo, puis en trio.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les obs\u00e8ques, il faut r\u00e9gler les choses financi\u00e8res. C&rsquo;est toujours Albert qui s&rsquo;occupait de ces choses-l\u00e0 avant son d\u00e9c\u00e8s. Maintenant, c&rsquo;est au tour de Diane. De le faire. D&rsquo;apprendre \u00e0 le faire. Forc\u00e9ment.<\/p>\n<p>Diane se rappelle que l&#8217;emprunt effectu\u00e9 \u00e0 la banque est assur\u00e9. Elle cherche donc le papier d&rsquo;assurance. Cherche. Cherche encore. Ne le trouve pas. Elle t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la banque et demande une photocopie du papier d&rsquo;assurance, dont elle croit avoir \u00e9gar\u00e9 l&rsquo;exemplaire qu&rsquo;on lui aurait remis lors de l&rsquo;octroi du pr\u00eat. Elle s&rsquo;impute la responsabilit\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9gar\u00e9 son exemplaire. Comme le font les gens ordinaires.<\/p>\n<p>\u00c0 la banque, on lui demande de venir chercher le papier d&rsquo;assurance. On n&rsquo;offre pas de lui envoyer le document par la poste. Diane empi\u00e8te donc sur son heure de d\u00e9jeuner pour aller \u00e0 la banque. Elle y va avec son fr\u00e8re. Qui la soutient durant cette p\u00e9riode difficile de sa vie. Comme les gens ordinaires se soutiennent entre eux.<\/p>\n<p>Au comptoir d&rsquo;accueil, la pr\u00e9pos\u00e9e remet le papier d&rsquo;assurance \u00e0 Diane. Pas une photocopie. Plut\u00f4t son exemplaire. De couleur bleue. L&rsquo;exemplaire qu&rsquo;elle et Albert auraient d\u00fb recevoir lors de l&rsquo;octroi du pr\u00eat:<\/p>\n<p><em>&#8211; Je pouvais bien ne pas trouver mon exemplaire du papier d&rsquo;assurance. C&rsquo;est vous qui l&rsquo;aviez dans votre dossier!<\/em><\/p>\n<p>Cela est dit comme une simple constatation. Sans acrimonie, ni plainte, ni grincement de dents. Un fait, c&rsquo;est tout.<\/p>\n<p>Elle repart donc avec son fr\u00e8re et le papier d&rsquo;assurance. Elle est contente, Diane, d&rsquo;avoir enfin son papier d&rsquo;assurance. La preuve tangible de sa s\u00e9curit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p>Diane ne lit pas le papier d&rsquo;assurance. Confiante que tout a \u00e9t\u00e9 rempli de fa\u00e7on professionnelle par Leblanc. Le sp\u00e9cialiste de la banque.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Elle adresse une r\u00e9clamation \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;assurance. Elle lui demande d&rsquo;acquitter le solde des versements hypoth\u00e9caires. De lui enlever cette charge financi\u00e8re pour le futur. Conform\u00e9ment au contrat d&rsquo;assurance qui couvre le pr\u00eat consenti par la banque.<\/p>\n<p>Une correspondance s&rsquo;\u00e9change entre Diane et la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;assurance.<\/p>\n<p>Puis le coup fatal est port\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;assurance. Elle refuse de payer le solde de l&#8217;emprunt d\u00fb \u00e0 la banque par Diane et feu Albert.<\/p>\n<p>Remarquez que, pour un avocat, il n&rsquo;y a rien d&rsquo;\u00e9tonnant qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;assurance ne veuille pas r\u00e9gler une r\u00e9clamation. J&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs une opinion tr\u00e8s personnelle sur les soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;assurance.<\/p>\n<p>Pourquoi la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;assurance refuse-t-elle de payer le solde de l&#8217;emprunt d\u00fb par Diane et feu Albert \u00e0 la banque?<\/p>\n<p>Parce que, sur le papier d&rsquo;assurance, qui est en fait un questionnaire m\u00e9dical, Diane et Albert ont omis de d\u00e9voiler un fait. Ils n&rsquo;ont pas d\u00e9voil\u00e9 que six mois avant la formulation de la demande d&#8217;emprunt, Albert s&rsquo;\u00e9tait fait enlever un \u0153il, \u00e0 cause d&rsquo;une tumeur canc\u00e9reuse.<\/p>\n<p>Diane est effondr\u00e9e. An\u00e9antie. Seule au monde. <em>La solitude des gens ordinaires<\/em>.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Puis, Diane se rel\u00e8ve. Comme doivent le faire les gens ordinaires. Ils n&rsquo;ont pas le choix. Ils n&rsquo;ont jamais le choix.<\/p>\n<p>Elle commence \u00e0 lire le papier d&rsquo;assurance qu&rsquo;elle est all\u00e9e chercher \u00e0 la banque en compagnie de son fr\u00e8re. Elle est stup\u00e9faite:<\/p>\n<p>\u2022\u00a0plusieurs crochets (oui ou non) ont \u00e9t\u00e9 appos\u00e9s en r\u00e9ponse \u00e0 des questions m\u00e9dicales qui n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es par Leblanc, que ce soit \u00e0 elle ou \u00e0 feu Albert;<\/p>\n<p>\u2022\u00a0certaines r\u00e9ponses \u00e0 des questions m\u00e9dicales sont inexactes;<\/p>\n<p>\u2022\u00a0certaines questions m\u00e9dicales ne sont suivies d&rsquo;aucune r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Pourtant sa signature et celle d&rsquo;Albert apparaissent bel et bien sur ce formulaire.<\/p>\n<p>De plus, elle aper\u00e7oit la signature de Leblanc, appos\u00e9e juste au-dessous du texte suivant:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je d\u00e9clare avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent lorsque cette proposition a \u00e9t\u00e9 remplie et avoir \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de toutes les signatures qui y sont appos\u00e9es. J&rsquo;ai remis la copie du certificat d&rsquo;assurance au(x) proposant(s).\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Pourtant c&rsquo;est faux. Tout \u00e0 fait faux.<\/p>\n<p>Jamais Albert et elle n&rsquo;ont sign\u00e9 ce formulaire d&rsquo;assurance en pr\u00e9sence de Leblanc. Il \u00e9tait parti d\u00e9jeuner. Eux, ils \u00e9taient seuls au comptoir d&rsquo;accueil. Avec des gens ordinaires en arri\u00e8re d&rsquo;eux.<\/p>\n<p>Jamais Albert et elle n&rsquo;ont re\u00e7u le certificat d&rsquo;assurance de Leblanc. C&rsquo;est apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;Albert que Diane l&rsquo;a re\u00e7u. Au comptoir d&rsquo;accueil. En pr\u00e9sence de son fr\u00e8re.<\/p>\n<p>Pourtant Diane se dit qu&rsquo;il est impossible qu&rsquo;un sp\u00e9cialiste de la banque puisse mentir. Pas un sp\u00e9cialiste qui \u00e9coute, conseille et a \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats des clients de la banque. Pas un sp\u00e9cialiste de la banque. De la banque en laquelle Diane et Albert avaient confiance. Depuis vingt ans.<\/p>\n<p>Que s&rsquo;est-il pass\u00e9?<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Mais Diane n&rsquo;a gu\u00e8re le temps de r\u00e9fl\u00e9chir. Elle doit s&rsquo;occuper des choses urgentes. Urgentes aux yeux de la banque. C&rsquo;est-\u00e0-dire rembourser les mensualit\u00e9s non vers\u00e9es pendant l&rsquo;attente du verdict de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;assurance. Diane doit puiser dans son r\u00e9gime de pension pour payer les arr\u00e9rages. Elle paie. Comme le font toujours les gens ordinaires.<\/p>\n<p>Diane est secr\u00e9taire. Simplement secr\u00e9taire. Seulement secr\u00e9taire. Son salaire ne peut, \u00e0 lui seul, payer les versements hypoth\u00e9caires et toutes les autres choses de la vie. De la vie des gens ordinaires.<\/p>\n<p>Elle doit vendre sa maison de r\u00eave sur le bord du lac. Elle la vend. Elle paie la commission de l&rsquo;agent d&rsquo;immeubles. Elle d\u00e9m\u00e9nage ses biens, ses souvenirs, ses peines. Elle s&rsquo;en va en appartement. Un petit appartement.<\/p>\n<p>Plus de compagnon de vie, plus de maison de r\u00eave, plus d&rsquo;argent pour Diane. <em>La peine des gens ordinaires.<\/em> <em>Le d\u00e9sespoir des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Pendant deux ans, Diane ne fait rien. Ne revendique rien. Elle suit le conseil d&rsquo;un quidam:<\/p>\n<p><em>&#8211; Ne t&rsquo;attaque pas \u00e0 une banque, tu n&rsquo;as aucune chance.<\/em><\/p>\n<p>Donc elle se tait. <em>Le silence des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Fin de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Boulevers\u00e9 je le suis. La carapace de l&rsquo;avocat d&rsquo;affaires en prend un coup. Quelques larmes font discr\u00e8tement leur apparition dans mes yeux. Totalement \u00e9blouis par une dame, une dame pauvre, une dame ordinaire, une dame sans aucun moyen financier lui permettant de payer les honoraires d&rsquo;un avocat.<\/p>\n<p>Il est humainement impossible que je puisse laisser cette dame seule avec son malheur. Il y a s\u00fbrement quelque chose \u00e0 faire. Il y a s\u00fbrement une injustice \u00e0 r\u00e9parer.<\/p>\n<p>Je propose donc \u00e0 Diane une entente pour mes honoraires. Elle les paiera si on gagne. Sinon, elle ne les paiera pas. Elle accepte.<\/p>\n<p>Et l&rsquo;affaire Diane &#8230; -vs- Banque &#8230; commence donc.<\/p>\n<h2>La pr\u00e9paration de la cause<\/h2>\n<p>Diane et moi avons plusieurs rencontres. Elle r\u00e9pond \u00e0 toutes mes questions. Avec franchise. Elle me fournit une multitude d&rsquo;informations et de documents. <em>La collaboration des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs mois de pr\u00e9paration, l&rsquo;action judiciaire est signifi\u00e9e par huissier \u00e0 la banque. \u00c0 la succursale situ\u00e9e dans la petite municipalit\u00e9. O\u00f9 chacun conna\u00eet l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>La succursale refile l&rsquo;action judiciaire au si\u00e8ge social de la banque. Qui retient les services d&rsquo;un gros cabinet d&rsquo;avocats. Les gros canons. <em>La peur des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<h2>L&rsquo;interrogatoire hors cour de Diane<\/h2>\n<p>L&rsquo;avocat de la banque veut interroger Diane hors cour. Pas de probl\u00e8me. La routine.<\/p>\n<p>Je pr\u00e9pare donc Diane pour cet interrogatoire hors cour. Qui va permettre \u00e0 l&rsquo;avocat de la banque de jauger Diane. D&rsquo;appr\u00e9cier sa capacit\u00e9 de r\u00e9pondre aux questions tortueuses. D&rsquo;\u00e9valuer son talent pour \u00e9viter les pi\u00e8ges qui lui seront tendus. Car pi\u00e8ges il y aura. S\u00fbrement. Diane n&rsquo;est plus cliente de la banque. La banque va se d\u00e9fendre. Toutes griffes dehors. Contre son ancienne cliente. <em>L&rsquo;accablement des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;interrogatoire hors cour de Diane a lieu. Au palais de justice. Dans une petite pi\u00e8ce. Mal a\u00e9r\u00e9e. Mal insonoris\u00e9e. En pr\u00e9sence d&rsquo;un st\u00e9nographe. Qui reproduit les paroles de Diane. Pendant une heure.<\/p>\n<p>Diane est admirable. Je suis \u00e9bloui par cette cliente issue d&rsquo;une petite municipalit\u00e9 de gens ordinaires. \u00c9bloui par sa fa\u00e7on pos\u00e9e, naturelle et humble de r\u00e9pondre aux questions tortueuses de l&rsquo;avocat de la banque. \u00c9bloui par sa simplicit\u00e9, sa franchise et sa bonne foi qui transpirent de chacune de ses r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>Le but recherch\u00e9 par l&rsquo;avocat de la banque n&rsquo;est pas atteint. Lors du proc\u00e8s, il devra affronter une dame solide. Qui b\u00e9n\u00e9ficiera s\u00fbrement de l&rsquo;indulgence du tribunal au cours de son t\u00e9moignage.<\/p>\n<h2>La d\u00e9fense de la banque<\/h2>\n<p>La d\u00e9fense \u00e9crite de la banque suit peu de temps apr\u00e8s. Elle nie devoir quoi que ce soit \u00e0 Diane. Elle all\u00e8gue entre autre que:<\/p>\n<p>\u2022 Tous les documents relatifs \u00e0 l&#8217;emprunt ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9s le m\u00eame jour;<\/p>\n<p>\u2022 Les renseignements inscrits \u00e0 la proposition d&rsquo;assurance l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 sur indication expresse de la demanderesse (Diane) et de feu Albert &#8230; le m\u00eame jour;<\/p>\n<p>\u2022 Par ailleurs, la demanderesse (Diane) et feu Albert &#8230; ont omis de r\u00e9v\u00e9ler la lourde histoire m\u00e9dicale du d\u00e9funt au moment de compl\u00e9ter les sections pertinentes et la signature de la proposition d&rsquo;assurance.<\/p>\n<p>Autrement dit, ce que la banque affirme noir sur blanc, c&rsquo;est que Diane ment. <em>La diffamation dont sont souvent victimes les gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<h2>L&rsquo;interrogatoire hors cour de Leblanc<\/h2>\n<p>J&rsquo;informe l&rsquo;avocat de la banque qu&rsquo;\u00e0 mon tour, je d\u00e9sire proc\u00e9der \u00e0 un interrogatoire hors cour. Et c&rsquo;est monsieur Leblanc, le sp\u00e9cialiste de la banque, que je d\u00e9sire interroger.<\/p>\n<p>L&rsquo;interrogatoire de Leblanc a lieu.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s s\u00fbr de lui, apparemment en pleine possession de ses moyens, Leblanc r\u00e9pond \u00e0 mes questions. Malgr\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas le dossier de Diane et Albert avec lui. Le dossier serait perdu selon lui. Plus de clients, plus de dossier&#8230;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;interrogatoire, je pr\u00e9pare une r\u00e9ponse \u00e9crite \u00e0 la d\u00e9fense de la banque.<\/p>\n<p>Puis, Diane et moi attendons patiemment que soit fix\u00e9e la date du proc\u00e8s.<\/p>\n<p>L&rsquo;avis d&rsquo;audition arrive enfin: le proc\u00e8s aura lieu sous peu.<\/p>\n<h2>La pr\u00e9paration du proc\u00e8s<\/h2>\n<p>Je rencontre Diane \u00e0 nouveau. \u00c0 quelques reprises. Afin de finaliser sa pr\u00e9paration. Je fais de m\u00eame avec son fr\u00e8re, qui sera aussi t\u00e9moin.<\/p>\n<p>\u00c0 tous deux, je mart\u00e8le ce que je r\u00e9p\u00e8te inlassablement \u00e0 mes clients d&rsquo;affaires:<\/p>\n<p><em>&#8211; On va vivre avec la v\u00e9rit\u00e9, on va p\u00e9rir avec la v\u00e9rit\u00e9, mais on ne dira rien d&rsquo;autre que la v\u00e9rit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est banal. Je le sais. C&rsquo;est m\u00eame sans doute un peu na\u00eff. Malgr\u00e9 tout, je crois en la v\u00e9rit\u00e9 et en ses bienfaits. Et dans cette cause, la v\u00e9rit\u00e9 est d\u00e9terminante.<\/p>\n<p>Diane est perm\u00e9able aux conseils que je lui prodigue quant \u00e0 la fa\u00e7on de t\u00e9moigner devant le juge. On enseigne aux juges comment juger. Aux avocats comment plaider. Mais on n&rsquo;enseigne pas aux gens ordinaires comment t\u00e9moigner en Cour. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;avocat de remplir ce r\u00f4le. C&rsquo;est un sp\u00e9cialiste. Lui aussi.<\/p>\n<p>Un proc\u00e8s, \u00e7a se gagne ou \u00e7a se perd en fonction de son degr\u00e9 de pr\u00e9paration. Comme je le r\u00e9p\u00e8te inlassablement \u00e0 mes clients d&rsquo;affaires, un proc\u00e8s \u00e7a se vit \u00e0 deux: le client et l&rsquo;avocat. Si on gagne notre cause, je prends 50% du m\u00e9rite en j&rsquo;en attribue 50% \u00e0 mon client. Si on perd notre cause, je prends 50% du bl\u00e2me en j&rsquo;en attribue 50% \u00e0 mon client. C&rsquo;est aussi simple que cela.<\/p>\n<p>Avec Diane j&rsquo;ai confiance. La justice va triompher. Nous allons gagner. Ensemble. Contre la banque.<\/p>\n<h2>L&rsquo;offre de r\u00e8glement<\/h2>\n<p>Quelques jours avant le jour J, l&rsquo;avocat de la banque me t\u00e9l\u00e9phone:<\/p>\n<p><em>&#8211; Ma cliente a une offre de r\u00e8glement hors cour \u00e0 faire \u00e0 votre cliente.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Combien?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Le paiement de la moiti\u00e9 de sa r\u00e9clamation en capital et int\u00e9r\u00eats, chaque partie payant ses frais judiciaires.<\/em><\/p>\n<p>Cette fa\u00e7on de proc\u00e9der est typique aux parties qui sentent la soupe chaude. Faire une offre de r\u00e8glement \u00e0 l&rsquo;autre partie quelques heures avant le proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Pourtant il aurait \u00e9t\u00e9 si facile de formuler une offre de r\u00e8glement n&rsquo;importe quand depuis l&rsquo;institution de l&rsquo;action judiciaire. Depuis trois ans. Non. On attend \u00e0 la derni\u00e8re minute. Confiant que l&rsquo;autre partie n&rsquo;a pas ou n&rsquo;a plus le go\u00fbt ou le courage d&rsquo;aller devant le juge. D&rsquo;affronter le syst\u00e8me judiciaire. D&rsquo;\u00eatre \u00e9cras\u00e9 par le d\u00e9corum du tribunal.<\/p>\n<p>Diane me demande mon avis sur l&rsquo;offre de r\u00e8glement telle que formul\u00e9e.<\/p>\n<p>Je d\u00e9teste donner mon avis sur la justesse ou non d&rsquo;accepter une offre de r\u00e8glement.<\/p>\n<p>\u2022 Si je lui conseille d&rsquo;accepter l&rsquo;offre de r\u00e8glement, le client peut penser que je ne d\u00e9sire pas aller plaider sa cause devant le tribunal. Que j&rsquo;ai peur d&rsquo;affronter l&rsquo;adversaire.<\/p>\n<p>\u2022 Si je lui conseille de refuser l&rsquo;offre de r\u00e8glement et que sa r\u00e9clamation judiciaire est finalement rejet\u00e9e par le juge, mon client m&rsquo;en voudra jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ses jours. Ou des miens.<\/p>\n<p>Ensuite, qui suis-je pour \u00e9valuer la quotit\u00e9 d&rsquo;une offre de r\u00e8glement? Pour les gens d&rsquo;affaires, le fait de r\u00e9gler un dossier judiciaire \u00e0 50% de sa valeur n&rsquo;affectera peut-\u00eatre pas significativement la valeur de leur patrimoine. Pour les gens ordinaires, c&rsquo;est souvent fort diff\u00e9rent. <em>La diff\u00e9rence des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>Je laisse donc Diane prendre sa d\u00e9cision. Seule. Apr\u00e8s avoir soupes\u00e9 avec elle nos chances d&rsquo;obtenir victoire devant le tribunal. Apr\u00e8s lui avoir mentionn\u00e9 le vieil adage, mille fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9, mille fois v\u00e9rifi\u00e9: \u00ab\u00a0<em>Le pire des r\u00e8glements vaut encore mieux que le meilleur des jugements.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Diane d\u00e9cide. De refuser l&rsquo;offre de r\u00e8glement. De continuer jusqu&rsquo;au bout. L&rsquo;offre formul\u00e9e est trop basse. Insultante. La banque rit de Diane. Elle le sent. On peut rire des gens ordinaires. Jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point. Pas plus loin.<\/p>\n<p>Je suis heureux de la d\u00e9cision de Diane. Il y a une injustice \u00e0 r\u00e9parer. Le juge va s&rsquo;en occuper. J&rsquo;en suis convaincu.<\/p>\n<h2>Le proc\u00e8s<\/h2>\n<p>Le matin du proc\u00e8s, Diane arrive t\u00f4t au Palais de justice. Accompagn\u00e9e de son fr\u00e8re. Elle est nerveuse. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois de sa vie qu&rsquo;elle affronte la machine judiciaire. L\u00e0, elle en fait partie. Elle en est le carburant. Bien involontairement. Cela l&rsquo;impressionne, l&rsquo;effraie, l&rsquo;inqui\u00e8te, la stresse. Malgr\u00e9 tout, elle demeure telle que je la connais depuis maintenant trois ans. Digne. Naturelle. Humble. <em>L&rsquo;humilit\u00e9 des gens ordinaires<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 du juge charg\u00e9 d&rsquo;entendre la cause est l&rsquo;un des facteurs sur lesquels les avocats n&rsquo;ont aucun contr\u00f4le. Dans certains cas, \u00e7a peut faire une diff\u00e9rence. Tr\u00e8s rarement. Le juge est un sp\u00e9cialiste. Lui aussi.<\/p>\n<p>Pour ma part, l&rsquo;identit\u00e9 du juge m&rsquo;indiff\u00e8re. Je fais confiance au syst\u00e8me judiciaire. En ma capacit\u00e9 de pr\u00e9senter la cause. En celle de Diane de t\u00e9moigner avec sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>La cause proc\u00e8de donc devant le juge. Quelqu&rsquo;un de bien. De tr\u00e8s bien. Qui \u00e9coute. Quand on est juge, c&rsquo;est fondamental d&rsquo;\u00e9couter. Et de comprendre. Il en faut des qualit\u00e9s pour \u00eatre juge. Pour \u00eatre un sp\u00e9cialiste de la justice.<\/p>\n<p>Diane t\u00e9moigne. Puis son fr\u00e8re. De fa\u00e7on sinc\u00e8re. <em>La sinc\u00e9rit\u00e9 des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>En d\u00e9fense, la banque fait entendre Leblanc. Seulement Leblanc.<\/p>\n<p>Chose curieuse, au cours de son t\u00e9moignage, Leblanc rapporte des faits contraires \u00e0 ceux r\u00e9v\u00e9l\u00e9s lors de son interrogatoire hors cour tenu dix-huit mois plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Un contre-interrogatoire serr\u00e9 me permet de mettre en \u00e9vidence ces contradictions flagrantes.<\/p>\n<p>Leblanc ne sait plus que dire. Il h\u00e9site. Semble d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9. Chose s\u00fbre, il a perdu son attitude d\u00e9sinvolte adopt\u00e9e lors de son interrogatoire hors cour.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du contre-interrogatoire qui dure une bonne heure, je n&rsquo;en peux plus. D&rsquo;entendre de telles inepties. De la bouche d&rsquo;un sp\u00e9cialiste de la banque. Je conclus donc ainsi:<\/p>\n<p><em>&#8211; En fin de compte, monsieur Leblanc, si je r\u00e9sume votre t\u00e9moignage, vous dites n&rsquo;importe quoi, n&rsquo;est-ce pas?<\/em><\/p>\n<p>Pourpre de col\u00e8re, l&rsquo;avocat de la banque se l\u00e8ve d&rsquo;un seul bond et lance au juge:<\/p>\n<p><em>&#8211; Objection, Votre Seigneurie! Ce n&rsquo;est pas une fa\u00e7on de s&rsquo;adresser \u00e0 un t\u00e9moin.<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;avocat de la banque a raison. Le plaideur doit demeurer ma\u00eetre de ses propres \u00e9motions. Toujours. Malheureusement.<\/p>\n<p>Mais le juge r\u00e9torque aussit\u00f4t \u00e0 l&rsquo;avocat de la banque:<\/p>\n<p><em>&#8211; Ma\u00eetre, avec ce que j&rsquo;ai entendu aujourd&rsquo;hui de la bouche de votre t\u00e9moin (Leblanc), je consid\u00e8re que Me Allard est demeur\u00e9 dans les limites de la d\u00e9cence.<\/em><\/p>\n<p>En entendant ces paroles du juge, je viens de comprendre. Que Diane et moi avons gagn\u00e9 notre cause. Contre la banque. Le juge ne le dit pas comme tel. Mais lui aussi n&rsquo;en revient pas du t\u00e9moignage mensonger rendu par Leblanc.<\/p>\n<p>Imaginez&#8230; Un sp\u00e9cialiste de la banque. Depuis plus de trente ans. Qui doit \u00e9couter. Qui doit conseiller. Qui doit avoir \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats des clients de la banque. Un menteur. A-t-il souvent menti auparavant? \u00c0 qui? Aux clients de la banque? Aux gens ordinaires? Qui ont confiance?<\/p>\n<h2>Le jugement<\/h2>\n<p>Un mois apr\u00e8s la conclusion du proc\u00e8s, je re\u00e7ois le jugement \u00e9crit par la poste. Comme il se doit, je commence par la fin, en lisant les conclusions:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00ab\u00a0La Cour accueille l&rsquo;action de la demanderesse Diane&#8230;\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Je suis fou de joie. Pour Diane. Elle le m\u00e9rite.<\/p>\n<p>Puis, j&rsquo;effectue une lecture attentive du jugement.<\/p>\n<p>Voici ce que retient le juge du t\u00e9moignage de Leblanc:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00ab\u00a0Tout au long de son t\u00e9moignage, Leblanc fuit le regard du Tribunal, r\u00e9pond \u00e9vasivement, contredit des r\u00e9ponses qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9es lors d&rsquo;un interrogatoire apr\u00e8s d\u00e9fense tenu un an et demi avant le proc\u00e8s. Il a souvent l&rsquo;air mal \u00e0 l&rsquo;aise&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Voici maintenant ce que retient le juge du t\u00e9moignage de Diane:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00ab\u00a0En opposition, le t\u00e9moignage de la demanderesse est empreint d&rsquo;une \u00e9vidente bonne foi, de sinc\u00e9rit\u00e9 et de franchise. Elle s&rsquo;efforce de se rappeler les faits avec pr\u00e9cision, r\u00e9pond sans h\u00e9siter aux questions, regarde le Tribunal bien en face, sans chercher \u00e0 \u00e9viter le regard ni \u00e0 le provoquer et donne tous les signes de dire la v\u00e9rit\u00e9. Son t\u00e9moignage est corrobor\u00e9 en partie par son fr\u00e8re concernant les documents qu&rsquo;elle a r\u00e9ussi \u00e0 trouver en fouillant sa maison apr\u00e8s la mort de son mari et surtout l&rsquo;enveloppe non cachet\u00e9e dans laquelle elle a finalement re\u00e7u la copie de la proposition d&rsquo;assurance.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette appr\u00e9ciation de la valeur des t\u00e9moignages, le juge conclut ainsi:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00ab\u00a0Cela dit, le pr\u00e9sent Tribunal croit que la version de la demanderesse est la vraie et que Leblanc ne leur a jamais expliqu\u00e9 la proposition d&rsquo;assurance ni ne leur a pos\u00e9 les questions auxquelles il r\u00e9pondait pour eux en leur absence.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Cette conclusion du juge est fort importante. Elle met en relief trois faits ind\u00e9niables:<\/p>\n<p><em>1) \u00ab\u00a0&#8230;le pr\u00e9sent Tribunal croit que la version de la demanderesse est la vraie&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>A contrario, le juge d\u00e9clare que Leblanc a menti. Menti? Le sp\u00e9cialiste de la banque a menti? Celui qui doit \u00e9couter, conseiller et avoir \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats des clients de la banque a menti \u00e0 une cour de justice? Celui qui est \u00e0 l&#8217;emploi de la banque depuis 30 ans et qui la repr\u00e9sente devant les tribunaux dans cette cause a menti? Oui. Aussi r\u00e9pugnant que cela puisse para\u00eetre aux gens ordinaires, il a menti.<\/p>\n<p>2) <em>\u00ab\u00a0&#8230;et que Leblanc ne leur a jamais expliqu\u00e9 la proposition d&rsquo;assurance ni ne leur a pos\u00e9 les questions&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Incroyable. Le sp\u00e9cialiste de la banque n&rsquo;a pas rempli ad\u00e9quatement son r\u00f4le de conseiller aupr\u00e8s de clients tels Diane et Albert. Clients de la banque depuis vingt ans.<\/p>\n<p>3) <em>\u00ab\u00a0&#8230; questions auxquelles il r\u00e9pondait pour eux en leur absence.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u00e0, c&rsquo;est encore plus grave. Non seulement Leblanc n&rsquo;a pas conseill\u00e9 Diane et Albert mais en plus il a rempli un formulaire d&rsquo;assurance crucial. En cochant \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb, en cochant \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb. En leur absence. Sans jamais leur avoir pos\u00e9 une seule question en ce sens. Pour beaucoup moins que cela, des employ\u00e9s ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 cong\u00e9di\u00e9s. Leblanc, lui, travaille toujours pour la banque&#8230;<\/p>\n<p>Le juge r\u00e9sume fort bien le r\u00f4le de Leblanc au sein de la banque:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00ab\u00a0Pour Leblanc, depuis plus de 30 ans \u00e0 la banque, l&rsquo;histoire des formulaires fait partie de sa routine et il les exp\u00e9die rapidement, sans trop porter attention. Quant \u00e0 la proposition d&rsquo;assurance, elle est une simple formalit\u00e9, profitable \u00e0 la banque de toute fa\u00e7on ainsi qu&rsquo;aux d\u00e9biteurs (Diane et Albert). Il reconna\u00eet n&rsquo;avoir eu aucune formation sp\u00e9ciale en assurance, ni n&rsquo;avoir suivi de cours \u00e0 ce sujet. Il n&rsquo;est pas surprenant qu&rsquo;il attache si peu d&rsquo;importance aux questions de sant\u00e9 s&rsquo;il ignore leur cons\u00e9quence sur l&rsquo;assurabilit\u00e9. On comprend aussi que l&rsquo;entrevue n&rsquo;ait dur\u00e9 que vingt minutes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Comment une banque, qui pr\u00e9tend \u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de ses clients, les conseiller et avoir \u00e0 c\u0153ur leurs int\u00e9r\u00eats, peut laisser ces m\u00eames clients, des gens ordinaires, entre les mains d&#8217;employ\u00e9s charg\u00e9s de vendre de l&rsquo;assurance, alors qu&rsquo;elle ne forme nullement ses employ\u00e9s en ce sens?<\/p>\n<p>Comment une banque peut-elle \u00eatre aussi irresponsable, insouciante, n\u00e9gligente, irrespectueuse et m\u00eame dangereuse vis-\u00e0-vis sa client\u00e8le et n&rsquo;encourir aucune r\u00e9elle sanction, autre qu&rsquo;une simple condamnation mon\u00e9taire au civil?<\/p>\n<p>Car m\u00eame si Diane a gagn\u00e9 sa cause, les employ\u00e9s de la banque ne sont toujours pas form\u00e9s pour vendre de l&rsquo;assurance. Et ils continuent d&rsquo;en vendre. Aux gens ordinaires. Qui ont confiance.<\/p>\n<p>Pourtant le juge \u00e9crit noir sur blanc:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00ab\u00a0Cette derni\u00e8re (la banque) a l&rsquo;obligation de former son personnel de fa\u00e7on \u00e0 remplir ad\u00e9quatement son devoir d&rsquo;informer, d&rsquo;instruire et de renseigner ses clients.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Quelle suite sera donn\u00e9e \u00e0 cette affirmation judiciaire? Aucune, je le crains&#8230;<\/p>\n<h2>L&rsquo;article du journal<\/h2>\n<p>Avant le proc\u00e8s, j&rsquo;avais indiqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avocat de la banque qu&rsquo;en cas de victoire de Diane contre la banque, les journaux pourraient sans doute \u00eatre int\u00e9ress\u00e9s par toute cette histoire. Il n&rsquo;avait nullement sembl\u00e9 impressionn\u00e9 par mon propos. Il l&rsquo;avait assimil\u00e9 \u00e0 du chantage.<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s que jugement soit rendu, sans aucune intervention de ma part, un quotidien publie un article d&rsquo;une page sur l&rsquo;histoire de Diane et l&rsquo;issue du proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Un article dans les journaux. L&rsquo;impact est imm\u00e9diat mais tr\u00e8s souvent sans suite tangible. La m\u00e9moire populaire est volatile. On ne peut bl\u00e2mer personne. D&rsquo;autres chats doivent \u00eatre fouett\u00e9s. <em>Le fardeau quotidien des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<h2>L&rsquo;absence d&rsquo;appel<\/h2>\n<p>La banque ne porte pas en appel le jugement rendu contre elle. Elle paie le montant de la condamnation. En capital, int\u00e9r\u00eats et frais judiciaires. De l&rsquo;argent. Pas d&rsquo;excuses. Non. Pas \u00e0 une ancienne cliente.<\/p>\n<h2>Aujourd&rsquo;hui<\/h2>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, Diane est toujours veuve. Toujours sans sa maison de r\u00eave. Mais avec un peu plus d&rsquo;argent dans ses poches. Remarquez qu&rsquo;elle aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 garder sa maison de r\u00eave et avoir moins d&rsquo;argent dans ses poches. Mais le sort en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. <em>Le sort des gens ordinaires.<\/em><\/p>\n<p>Diane a d\u00fb payer mes honoraires. Il est triste que Diane ait eu \u00e0 les payer. La banque aurait d\u00fb les acquitter. Int\u00e9gralement.<\/p>\n<p>Autrement dit, les gens ordinaires sont toujours perdants. M\u00eame lorsqu&rsquo;ils gagnent en Cour.<\/p>\n<h2>Les le\u00e7ons \u00e0 tirer<\/h2>\n<p>Que retenir de toute cette saga?<\/p>\n<p>Diane&#8230; Elle demeure silencieuse. Elle est discr\u00e8te. Elle ne veut pas \u00eatre sous les feux de la rampe. Elle ne le peut pas. Elle habite toujours la petite municipalit\u00e9. O\u00f9 chacun conna\u00eet l&rsquo;autre. C&rsquo;est pourquoi son nom de famille n&rsquo;appara\u00eet nulle part dans le pr\u00e9sent texte.<\/p>\n<p>Mais si Diane s&rsquo;exprimait, elle vous donnerait sans doute les conseils suivants:<\/p>\n<ol>\n<li><em>Faites confiance \u00e0 de vrais sp\u00e9cialistes. Ne vous laissez pas endormir par la publicit\u00e9.<\/em><\/li>\n<li><em>Faites confiance \u00e0 vos yeux et votre jugement. Lisez et comprenez toujours avant de signer.<\/em><\/li>\n<li><em>Faites confiance \u00e0 la justice. Elle peut parfois para\u00eetre lente, r\u00e9barbative, inqui\u00e9tante, co\u00fbteuse, inaccessible. Mais elle arrive g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 bon port. N&rsquo;h\u00e9sitez pas \u00e0 faire valoir vos droits.<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p>La banque&#8230; Je ne la nomme pas. Qu&rsquo;est-ce que cela donnerait? Rien. Toutes les banques se ressemblent. Des s\u0153urs jumelles. Seul leur nom diff\u00e8re. Si la banque concern\u00e9e par l&rsquo;histoire de Diane se reconna\u00eet, tant mieux. Elle conna\u00eet d\u00e9sormais un peu plus Diane. Son ancienne cliente. Celle que la banque aurait d\u00fb \u00e9couter, conseiller et avoir les int\u00e9r\u00eats \u00e0 c\u0153ur. Alors qu&rsquo;il le fallait. Alors qu&rsquo;il en \u00e9tait encore temps.<\/p>\n<p>Moi&#8230; Je retourne m&rsquo;occuper de mes clients d&rsquo;affaires. R\u00e9pondre \u00e0 leurs questions. R\u00e9gler leurs probl\u00e8mes. Plaider leurs proc\u00e8s. Toutefois, \u00e0 l&rsquo;avenir, je serai plus sensible. Plus sensible au r\u00f4le que mes clients d&rsquo;affaires d\u00e9sirent que je joue. Celui d&rsquo;un sp\u00e9cialiste. Qui \u00e9coute. Qui conseille. Qui a \u00e0 c\u0153ur les int\u00e9r\u00eats de ses clients. De ses clients d&rsquo;affaires. Qui sont souvent des gens ordinaires. Qui font confiance aux sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<div class=\"powerpress_player\" id=\"powerpress_player_1557\"><a href=\"http:\/\/www.corpomax.com\/podcast\/CorpoMax_autopsie-d-une-injustice-bancaire.mp3\" title=\"Play\" onclick=\"return powerpress_embed_html5a('1557','http:\/\/www.corpomax.com\/podcast\/CorpoMax_autopsie-d-une-injustice-bancaire.mp3');\" target=\"_blank\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.corpomax.com\/blog\/wp-content\/plugins\/powerpress\/play_audio.png?w=625&#038;ssl=1\" title=\"Play\" alt=\"Play\" style=\"border:0;\"   \/><\/a><\/div>\n<p class=\"powerpress_links powerpress_links_mp3\" style=\"margin-bottom: 1px !important;\">Podcast: <a href=\"http:\/\/www.corpomax.com\/podcast\/CorpoMax_autopsie-d-une-injustice-bancaire.mp3\" class=\"powerpress_link_pinw\" target=\"_blank\" title=\"Play in new window\" onclick=\"return powerpress_pinw('https:\/\/www.corpomax.com\/blog\/?powerpress_pinw=301-podcast');\" rel=\"nofollow\">Play in new window<\/a> | <a href=\"http:\/\/www.corpomax.com\/podcast\/CorpoMax_autopsie-d-une-injustice-bancaire.mp3\" class=\"powerpress_link_d\" title=\"Download\" rel=\"nofollow\" download=\"CorpoMax_autopsie-d-une-injustice-bancaire.mp3\">Download<\/a> (Duration: 43:02 &#8212; 39.4MB)<\/p><!--powerpress_player-->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Je suis un avocat d&rsquo;affaires. \u00c0 l&rsquo;\u00e9coute de ses clients d&rsquo;affaires. 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