Charité américaine Ltée

Image: designaart / 123RF.comAux États-Unis, environ 1.5 million d’organisations à but non lucratif – NonProfit Organizations ou NPO – sont inscrites auprès de l’Internal Revenue Service (IRS). Parmi celles-ci, se trouvent les organismes de charité, fondations privées, chambres de commerce,  associations, églises et groupements divers. En 2013, selon le National Center for Charitable Statistics et le Urban Institute, les dons privés provenant d’individus, fondations et entreprises furent de 335.17 milliards $US.  Beaucoup, beaucoup d’argent…

Oh $eigneur…

Aux USA, il y a plus de  320,000 congrégations religieuses.

En général, celles-ci peuvent recevoir des dons de charité et ne payer aucun impôt sur ceux-ci. Dans plusieurs cas, les dirigeants de ces lieux du culte exhortent leurs fidèles à verser 10% de leur revenu brut à l’église. Ces contributions, théoriquement volontaires, sont déductibles du revenu des donateurs. En bref, un revenu non imposable pour l’église et une dépense déductible pour le donateur. Divine fiscalité…

Certaines églises sont immensément riches. Connaissez-vous la Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints, mieux connue sous le nom « Église mormone »? Ce temple voué à l’adoration divine possède de nombreuses entreprises, toutes plus lucratives les unes que les autres. Parmi celles-ci, on compte des ranchs, stations de radio, société d’assurance, immeubles à bureaux, terrains de stationnement, journaux, station de télévision, et même un méga-centre commercial d’une valeur de 2 milliards $US.

Allô, ici la police

 Un jour, je reçois un appel téléphonique au bureau de CorpoMax, situé à Newark, dans l’État du Delaware:

Monsieur Vincent Allard?

Oui, c’est bien moi.

Ici le sergent Smith, du service de police.

Puis l’individu fait une pause, laissant l’effet de surprise s’instiller rapidement dans mon cerveau inquiet. Serait-il arrivé quelque chose de fâcheux à l’un des miens?

Il continue:

Soyez rassuré, il n’y a rien de grave. Vous appréciez votre service de police?

Mmmm…

Nous faisons une levée de fonds pour venir en aide à (compléter selon votre inspiration). Je suis sûr qu’il vous fera plaisir de contribuer à cette levée de fonds.

Au lieu de déposer des fonds, j’ai plutôt déposé le combiné téléphonique sur son support, sans dire mot.

Au feu!

 Au Delaware, les casernes de pompiers sont souvent la propriété de NPO. En 2013, 92% des 51 casernes de pompiers ont déclaré au IRS avoir en mains des fonds variant de 5$ à 1.4 millions $US. Certaines casernes ont des placements pouvant aller jusqu’à 2.5 millions $US.

De plus, en 2008, une enquête du News Journal du Delaware a démontré que les casernes ne dépensaient que 80% des donations du peuple, conservant 20% pour fins de placement…

Universités

Les Américains ayant eu la chance d’étudier dans les meilleures (?) universités se sentent généralement redevables envers leur alma mater. Ils n’hésitent donc pas à délier les cordons de leur bourse dans le cadre de campagnes de financement.

En 2012, sept des dix plus importantes NPO américaines, toutes catégories confondues,  étaient des universités, en termes d’actifs.  Tout en haut de cette liste : l’université Harvard, avec des actifs bruts de 56,370,683,000 $US. Oui, vous avez bien lu : plus de 56 milliards de dollars américains…

Par contre, en termes de dons qu’elle effectue elle-même, cette institution connue mondialement n’est pas en tête de liste.  C’est plutôt l’Université de Pennsylvanie, avec des actifs bruts de plus de 13.5 milliards $US, qui a redistribué le plus important montant parmi les institutions du savoir, avec près de 5 milliards $US en dépenses.

Étudiants

Depuis bientôt quatre ans, mon fils Jérémie fréquente la Penn State University. Il a sagement suivi les traces de ses sœurs Véronique et Geneviève, toutes deux graduées de cette université publique de l’État de Pennsylvanie.

Cette année, tout comme l’an dernier, fiston s’implique activement dans l’organisation THON. Cette NPO, mise sur pied en 1973 par les étudiants de Penn State, n’a qu’une seule et belle mission : amasser de l’argent au profit des enfants atteints du cancer. Plus de 15,000 étudiants (sur environ 100,000) participent à cet incroyable effort collectif et bénévole. Dès septembre, ils ramassent de l’argent sur le coin des rues, malgré le froid des matins d’automne, malgré les longues heures de quête, malgré les crachats de certains automobilistes mal élevés… Un seul but : aider.

Cette immense effort étudiant culmine en un marathon de danse qui dure 46 heures. Au terme de celui-ci, le montant total versé par les donateurs est alors dévoilé.

THON est l’une des plus importantes NPO étudiantes au monde. En 2014, plus de 13 millions $US ont été récoltés par les étudiants de l’université Penn State. Depuis sa fondation, THON a récolté plus de 114 millions $US au bénéfice des enfants malades.

Quelle extraordinaire façon de bâtir nos adultes de demain!

 

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Au sujet de Vincent Allard (39 articles)

Vincent Allard est un avocat spécialisé en droit des affaires. Après avoir émigré aux États-Unis en 1999, il a fondé CorpoMax, qui offre des services de création de société aux USA et dépôt de marque aux USA. Le blog et le podcast CorpoMax lui permettent de partager son expérience américaine et celle de ses milliers de clients, généralement avec une touche d’humour. Il favorise un échange fructueux avec tous ses lecteurs et auditeurs.


  • Jean-François Meyer

    Peut-être, ou pas, ou
    pas tout a fait …

    Derriere l’implication directe de jeunes bénévoles
    dans un « projet » motivant, porteur, idéologiquement différencie, semble-t’il, de
    la culture (du système) capitaliste, se cache parfois la récupération de cette
    énergie et de ses fruits au profit de ce même système.

    Il y a pas mal de
    questions a se poser et de réflexions a mener sur le suivi/la finalité au-delà
    de l’investissement en temps et énergie et de ce qu’ils procurent comme
    sentiments positifs.

    – Quelle est la part réinvestie dans le financement
    des aides ?
    – Et dans ce financement quelle est la portion réellement utile
    aux destinataires finaux et non aux institutions en bénéficiant ?
    – Cette
    image (de cette action) est elle utilisée a d’autres fin, par qui

    – De quels moyens se sont dote ces jeunes et cette
    association afin d’en contrôler l’utilisation et la finalite. Sans cela ils œuvrent bien
    souvent dans une douce illusion. Et la déception qui suit, par rapport a
    l’enthousiasme et l’énergie qu’ils y ont consacre, a souvent un goût un peu trop
    amer. Autant l’éviter si on le peut.

    • Votre point de vue est fort intéressant. Merci d’alimenter notre réflexion…