La langue de mes enfants

La langue de mes enfants - Blog CorpoMax

Image: © carlosgardel – Fotolia.com

Tout immigrant qui se respecte devrait normalement préserver son héritage familial. La langue en fait partie. Pour moi du moins, la préservation de mes racines linguistiques est fondamentale.

De plus, à titre de parent, mon devoir est de transmettre à mes enfants la connaissance et la pratique de la langue française. C’est encore plus vrai depuis que nous avons immigré aux États-Unis en janvier 1999.

La langue de mon fils

Après sa première journée de maternelle aux USA, mon fils Jérémie, âgé de 5 ans, revient à la maison et s’exclame: « Je ne sais pas ce qui se passe, mais ma maîtresse d’école ne me comprend pas quand je lui parle. » Sa maman l’informe qu’ici, les gens parlent anglais et qu’il doit donc s’adapter à son nouvel environnement. « Mais je ne veux pas parler anglais, moi. Je veux parler français! » rétorque le petit déraciné, alors unilingue francophone.

« La raison du plus fort est toujours la meilleure » dit la fable. Quelques semaines plus tard, telle une éponge linguistique, Jérémie parle désormais l’anglais de façon courante, sans réel accent distinctif. Oui, au fait, il en a un. L’accent américain! Son professeur me mentionne que si elle ne savait pas que Jérémie parle français, elle serait tout à fait incapable de le distinguer de n’importe quel autre élève dans sa classe.

Rapidement, le problème initial s’inverse: désormais, Jérémie ne veut parler qu’anglais. « C’est plus facile! » plaide-t-il. J’asseois aussitôt Jérémie sur mes genoux et lui dis: « Mon petit homme, regarde Papa droit dans les yeux. Ici, à la maison, on ne parle que français » . Je lui explique ensuite les fondements de cette loi familiale à saveur martiale. Jérémie comprend rapidement. Il accepte la logique paternelle au sujet de la langue maternelle.

Fiston décide alors de segmenter sa sonorité linguistique. Quelques jours plus tard, ses copains à l’école lui demandent de dire quelques mots en français. Jérémie refuse: « Non, je ne peux pas. À l’école, je parle seulement anglais tandis qu’à la maison, c’est uniquement le français. »

Aurais-je involontairement traumatisé mon fils…?

La langue de mes filles

Toujours en janvier 1999, mes adolescentes de 15 et 14 ans quittent définitivement amis et professeurs de leur école secondaire francophone, située en banlieue de Montréal. Elles commencent alors une nouvelle vie, dans un nouveau pays, dans une nouvelle demeure, sous un nouveau climat, avec de nouveaux amis, mais surtout… dans une nouvelle langue!

Un cours de chimie, c’est déjà éprouvant en français. Imaginez quand vous devez continuer le même cours, en plein milieu de l’année scolaire, mais cette fois-ci en anglais.

Donc, le premier matin, Véronique et Geneviève s’en vont d’un pas pesant et peu rassuré vers leur nouvelle école respective, la première fréquentant une High School et la seconde une Middle School. Un total d’environ 2,500 élèves puisque les deux écoles sont collées l’une à l’autre. Personne ne parle français, sauf un professeur qui enseigne notre langue à l’aide de cassettes audio provenant de Paris. Quelques élèves balbutient un ou deux mots appris durant de rares cours de français: « Bonjour, comment ça va? »

Deux francophones de 15 et 14 ans noyées dans une mer d’anglophones. Imaginez le choc!

Véronique et Geneviève sont rapidement entourées de leurs nouveaux collègues, plutôt curieux de rencontrer des personnes « who come from Canada » . Dans notre nouveau coin des USA, lorsque des immigrants viennent s’implanter, ce sont généralement des Mexicains. D’où les nombreuses questions posées à nos adolescentes. Le problème, c’est qu’elles ne comprennent pas le dixième des questions qui leur sont adressées. Elles sourient d’un air gêné et tentent du mieux qu’elles peuvent de répondre aux rares questions dont elles saisissent le sens. Et en plus, ça parle vite, les jeunes Américains!

Les premiers mois sont ardus. Nos filles en arrachent. Elles doivent travailler très fort. Mais cela en vaut la peine.

Un an après leur arrivée, Véronique et Geneviève parlent désormais très bien l’anglais, en plus de le lire et de l’écrire sans problème. Et, en prime, nos teenagers apprennent l’espagnol à l’école – une heure par jour -, et dialoguent avec plusieurs jeunes d’origine mexicaine. Pour favoriser leur épanouissement linguistique, nous avons privilégié un accès presque sans restriction à la télévision, aux amis de l’école et aux activités sportives organisées. Leurs résultats scolaires sont supérieurs à la moyenne du groupe, même dans le cours d’anglais!

Conclusion

Malgré le choc initial, l’immersion totale est définitivement la façon idéale d’apprendre une langue étrangère. Mais surtout, il ne faut jamais oublier ses racines…

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Au sujet de Vincent Allard (39 articles)

Vincent Allard est un avocat spécialisé en droit des affaires. Après avoir émigré aux États-Unis en 1999, il a fondé CorpoMax, qui offre des services de création de société aux USA et dépôt de marque aux USA. Le blog et le podcast CorpoMax lui permettent de partager son expérience américaine et celle de ses milliers de clients, généralement avec une touche d'humour. Il favorise un échange fructueux avec tous ses lecteurs et auditeurs.


  • Saara Sipilä

    Tout à fait d’accord avec ce qu’à écrit Vincent Allard! J’ai suivi, pendant une année scolaire, le dévéloppement linguistique d’un petit garcon de 3 ans, qui en entrant une ‘nursery school’ de langue anglaise ne parlait que le francais. A peu près 4 mois plus tard il parlait couramment les deux langues et en plus, savait tout de suite dans laquelle des deux il devait s’adresser à quelqu’un. C’est super de devenir bilingue…

    • Effectivement, le fait d’apprendre une langue étrangère lorsqu’on est jeune en facilite grandement l’apprentissage. J’aime beaucoup votre dernière phrase: oui, c’est absolument super de devenir bilingue.

      Merci pour votre précieuse contribution à l’enrichissement de ce blog!

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  • Harold Staviss

    Well said. Your kids are extremely fortunate to be fluent in both French and English. It is too bad that the Liberals and the PQ do not and never did see the benefit of having everyone in Quebec be bilingual. Billions and billions and billions of $ have been lost and continue to be lost in tax revenues because of the Quebec Governments policies of preserving the French language. Yes, by all means the French language must be protected but not at the expense of the English language. Quebec could have been the envy of the entire world if a bilingual Quebec would have been promoted. Instead of hundreds of thousand of people leaving for greener pastures, people would have stayed and people would have come here. Unfortunately, we as Anglophones have and had the opportunity of educating our children in either French or English while non-Anglophones did not have the same opportunity. The Quebec Governments did a big disservice to Francophone families by not allowing them to learn English. You and your children now have the best of both worlds. Kudos to all of you.

    • I totally agree with you. Thank you so much for your valuable contribution.

      • Harold Staviss

        Merci beaucoup. Bonne journée.

  • Fouad Djebbar

    That’s amazing i use to have a similar issue with my son. He use to speak 80% of french and 20% of Arabic. After the preschool he was ok with both language but he did not accept to learn English. I’ll keep trying….

    • Everything depends where he lives. If all his friends are non-English speakers, I can understand why he is not interested in speaking English.